pluie.

Publié le par Paul B.

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prendre son vélo sous une pluie d'orage brutale et violente

Pendant la saison des pluies ce n'est pas un euphémisme de dire qu'il pleut au Japon... Je repense toujours à cette pluie qu'on a subi a Kyôto pendant quinze jours avec un peu de nostalgie malgré les inconvénients qu'elle apporte... je ne sais pas pourquoi, peut être parce que ici dans ma région il ne pleut plus depuis longtemps (changement climatique...) et que ca me rappelle mon enfance où l'on connaissait encore des bonnes journées pluvieuses. Mais en france, le climat tempéré rend la pluie froide, épaisse, bref rapidement désagréable. Au Japon comme il fait 25 degré pendant la saison des pluies l'ambiance est quelque peu différente :) on se promène en T-shirt avec des parapluies big-résistants. D'ailleurs si vous partez là-bas je vous conseiller d'en acheter sur place ou de choisir ici les modèles les plus efficaces, la plupart du temps les parapluies français rendent l'âme au pays du soleil levant. 


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abrité sous l'auvent du temple To-ji


Là-bas la pluie présente trois niveaux : légère, ciel gris cotonneux mais correct, petites billes rondes qui éclaboussent partout, niveau moyen bruine normale, et niveau -abritez vous sous les temples en attendant que ça aille mieux- :), quand ca s'y met vraiment c'est atroce, l'eau passant partout et trempant tout. 

Les moyens de survies contre la pluie sont divers : le parapluie transparent est des plus à la mode, mais toutes les formes de parapluie sont possibles (voir celui de la dame pendant le Gion Matsuri), on peut aussi opter pour la parka transparente intégrale comme celle des moines durant ce même matsuri ou celles adoptées par les cyclistes. Au pire, on se promène souvent avec une petite serviette (la dame à côté de celle au parapluie étrange) qui sert à s'éponger discrètement quand il fait trop chaud ou à se sécher un peu quand il pleut. A l'entrée de tous les magasins on trouve des portes parapluies de toutes les formes, dans les musées ils sont même équipés d'antivol pour parapluies :), il est fortement conseillé de ne pas oublier de déposer le sien sinon gare aux réprimandes polis, mais fermes !


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conciliabule abrité derrière les parapluies entre jeunes moines


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quelle parapluie !


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Dire que j'allais oublier le poème de Francis ponge extrait du parti pris des choses qui adhère parfaitement à notre article :  

La pluie
 

La pluie, dans la cour où je la regarde tomber, descend à des allures très diverses. Au centre c’est un fin rideau (ou réseau) discontinu, une chute implacable mais relativement lente de gouttes probablement assez légères, une précipitation sempiternelle sans vigueur, une fraction intense du météore pur. A peu de distance des murs de droite et de gauche tombent avec plus de bruit des gouttes plus lourdes, individuées. Ici elles semblent de la grosseur d’un grain de blé, là d’un pois, ailleurs presque d’une bille. Sur des tringles, sur les accoudoirs de la fenêtre la pluie court horizontalement tandis que sur la face inférieure des mêmes obstacles elle se suspend en berlingots convexes. Selon la surface entière d’un petit toit de zinc que le regard surplombe elle ruisselle en nappe très mince, moirée à cause de courants très variés par les imperceptibles ondulations et bosses de la couverture. De la gouttière attenante où elle coule avec la contention d’un ruisseau creux sans grande pente, elle choit tout à coup en un filet parfaitement vertical, assez grossièrement tressé, jusqu’au sol où elle se brise et rejaillit en aiguillettes brillantes. 

Chacune de ses formes a une allure particulière, y répond un bruit particulier. Le tout vit avec intensité comme un mécanisme compliqué, aussi précis que hasardeux, comme une horlogerie dont le ressort est la pesanteur d’une masse donnée de vapeur en précipitation. 

La sonnerie au sol des filets verticaux, le glou-glou des gouttières, les minuscules coups de gong se multiplient et résonnent à la fois en concert sans monotonie, non sans délicatesse.
 

Lorsque le ressort s’est détendu, certains rouages quelques temps continuent à fonctionner, de plus en plus ralentis, puis toute la machinerie s’arrête. Alors le soleil reparaît tout s’efface bientôt, le brillant appareil s’évapore : il a plu.
 


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bataille de parapluies

Mais, quand il se met à pleuvoir dans les temples, il y a comme une ambiance magique qui s'installe rapidement ; souvent des milliers d'odeurs s'épanouissent depuis la forêt proche, l'obscurité du feuillage devient plus inquiétant, les pierres deviennent très glissantes et quand tout devient trop fort il faut courir près du temple pour s'abriter. Et quel soulagement de passer sous l'abri du temple, se déchausser pour sentir le contact du bois des terrasses imprégnées d'encens, s'abriter dans la grande salle sur les tatamis. L'opposition s'accentue alors entre l'intérieur jaune, lumineux, feutré, l'extérieur noir et humide et la terrasse qui sépare le tout. Il faut bien s'y poser pour attendre que tout cela passe et c'est un petit moment de bonheur.


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Souvent, c'est même quand la pluie s'invite dans la partie que l'ambiance d'un lieu japonais change complètement et montre son "vrai" visage et l'on se surprend à aimer regarder tomber la pluie dans les eaux grises des jardins japonais, couler le long des plantes, fondre depuis les toits des temples. Un temple près du Chion-In nous a offert un mélange parfait entre pluie, nuit qui se pose, lumière intérieur, il faudra que je vous en parle un de ces jours !


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escalier du Chion-In + pluie = danger



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l'entrée menaçante de la forêt

A la fin de la journée... je crois qu'on aurait pu m'essorer.

pour finir un extrait que j'aime beaucoup de Théophile Gaultier qu'on peut lire sur un vase de l'école de nancy :

"La pluie au bassin fait des bulles ;
Les hirondelles sur le toit
Tiennent des conciliabules :
Voici l'hiver, voici le froid !"

[théophile gaultier, émaux et camées 1852]

Ces photos ont été prises durant mes deux premiers jours au Japon on peut y voir le Gion Matsuri et le temple Chion-In proche du parc Maruyama et de Gion.

 

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