Shoren-In, lumière dorée sur tatamis, grise dans les jardins

Publié le par Paul B.

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Dans le dernier article on avait terminé au Chion-In, marchons un peu vers le nord (100m?) pour arriver à un petit temple à l'écart des routes touristiques majeures. En fait, il se fait déjà un peu tard (16h?), le ciel s'obscurcit doucement, et une pluie d'orage se met brutalement à tout innonder, nous forçant à courir pour s'abriter dans le Shoren-In. On ne sait pas encore ce que la visite vaut, et on hésite à entrer, mais bon on se dit que tant qu'il pleut autant s'abriter :).


Historiquement je ne sais pas grand chose : actuellement c'est un temple mais au départ ce fut une villa d'un seigneur, comme au Japon tout finit par devenir temple et c'est bien les seuls éléments qui restent... le reste (palais et villas) ayant disparu en fumées, détruits à la fin de la féodalité, démontés et transportés ailleurs etc.


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Difficile de décrire tout ce que l'on a pu ressentir dans les lieux dans ce contexte précis, c'était un tout : la chaleur jaune des tatamis et l'odeur de l'encens, les peintures des paravents dans les premières salles, les différents bâtiments que l'on rejoint par des passerelles, les intérieurs richement décorés et réconfortant des salles de prière, la pluie qui s'amoncelle dans les jardins, l'omniprésence de la végétation, la terre détrempée qui en devient comme une éponge, l'absence agréable de visiteurs, la sérénité et le calme. Et en sortant, on a compris que c'était certainement l'une des plus belles choses que l'on verrait au Japon. C'est bien pour cela que je n'ai pas voulu en parler tout de suite sur ce blog ! 


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ci-dessus on voit dans le bassin les traces de la pluie... j'aurais pu ajouter cette photo dans l'article précédent !


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Et je glisse entre les photos, une micro-nouvelle, écrite sur le vif, comme les autres et c'est là son intérêt, et qui prend pour inspiration les lieux et notamment l'étang ci-dessus.

Le poisson doré, en fils d’argent, en fils bleus et rouges, sur un fond d’ivoire, un peu laiteux, filait à travers les lignes bleus ondulées, sinueuses, un nénuphar, blanc et vert, fils d’or, le frôle. La rivière, prise d’un grand et ample mouvement se replie sur elle-même, ondule, s’enroule, se recroqueville derrière stoppée par un grand nœud mauve, elle s’évanouit sur le sol en tatami jaune. Elle s’assoit au bord de la véranda, son kimono beige sur les tatamis forme une belle association de couleur, très esthétique. La lumière tamisée a cette impression de chaleur, les paravents et les panneaux sublimement décorés forment un cocon brutalement interrompu par le bois noir de la véranda. Assis, à la frontière entre ces deux mondes, plutôt tournée vers le vide du jardin si vert, son regard perd brutalement de son apparence de façade, reflétant dans ses grands yeux bridés le jardin zen, la pluie et la lanterne qui vacille confondue avec son iris, animant brièvement le grand visage ovale. Dans le jardin, tout vert, de toutes les nuances de vert, les carpes remuent comme des fantômes opalescents, vides de tout regard, leurs couleurs fanées dans une eau trouble, bleue verte, tirant sur le gris, une eau trouble qui se reflète aussi dans ses grands yeux tristes. 

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La pluie ricoche sur cet étang d’eau comme des milliards d’aiguilles, les carpes livides semblent attendre une proie, les arbres verts sombres et taillés à la perfection, comme une véritable peinture de paravent, ploient au-dessus de l’étang, contemplant leurs sombres reflets. Même la lanterne semble avoir sa lumière tuée par son reflet aquatique. Au bord de ce gouffre, un peu plus loin, la végétation follement ordonnée semble former les gradins d’une arène, et l’étang, une scène qui semble attendre un spectacle macabre. Elle ne le sait pas, ne l’entend pas, mais derrière elle, le seigneur s’est assis en tailleur sur les tatamis entre deux panneaux, l’œil sombre la fixe, spectateur maléfique parmi tant d’autres. Même le Jizo –hommage à son enfant- semble ricaner ou l’appeler. Doucement elle retire ses épingles à cheveux et se lève sous la pluie. Les geta sont soigneusement placées à côté de l’étang. Ses pieds déjà livides ne ressentent même plus là morsure affamée de l’eau.

Le seigneur s’avance sur la véranda et sourit d’une manière tyrannique. Au centre de l’étang en forme de l’idéogramme cœur, un grand nénuphar beige s’épanouit, et des poissons dorés courent sous l’eau, entourés de carpes -ondulant sous le kimono déployé- qui prennent part à un festin diabolique.


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une vasque en pierre où l'eau tombait et que j'ai désépérement essayé de prendr en photo, avec flash, sans, mais je crois que la lumière fuyait trop l'eau et la masse depierre, impossible d'obtenir ce que je voulais, le Japon est un pays fuyant !


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matérialisation concrète de l'opposition entre intérieur chaleureux du temple et l'extérieur des jardins, on comprend que les architectes modernes aient été fasciné par l'architecture japonaise.


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le site du temple, très bien fait : http://www.shorenin.com/, apparement ils proposent même des visites nocturnes ! le shoren in peut servir de terminus à une visite de Gion : son quartier, sanctuaire Yasaka, parc Maruyama, Chion-In.

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