Ikebana

Publié le par Paul B.

Il y a quelques temps, j'avais pu assister à une démonstration d'ikebana (art floral japonais) dans le cadre de l'association connaissance du Japon à Reims. Malheureusement, je n'avais pu réaliser alors de photographies, mais me jurais de vous en reparler. Je n'ai toujours pas pu prendre ces bouquets par moi-même, mais j'ai envoyé un émissaire enquêter à ma place dans le cours de Denise Schoeller qui s'est tenu hier dans le pavillon d'horticulture à Reims. Suivons donc la naissance d'un bouquet.


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Avant tout, retraçons en quelques grandes lignes l'histoire de l'ikebana dont on trouve les origines en Inde aux débuts du bouddhisme où un bouquet constituait dans les temples une offrande à Bouddha. De là, l'art floral passe en Chine où se maintient sa composante religieuse mais séduit aussi les lettrés chinois, puis au Japon où l'on le retrouve dans les temples, puis peu à peu réalisé aussi par les samouraïs qui les plaçaient dans le tokonoma ("alcôve" clé du salon où l'on disposait souvent un bouquet et une peinture). Enfin, pendant l'ère edo, il intègre les arts domestiques que la femme du maître de maison pratique. 

Mais c'est à l'ère Meiji, en pleine mutation du Japon, que se fonde véritablement à travers l'école O'Hara (1895) l'ikebana tel que nous le connaissons actuellement : invention du "vase bas" et surtout de l'élément clé : le pique-fleur. Enfin, en 1927 le fondateur de l'école Sogetsu propose une autre vision de cet art avec ces trois axes : l'ikebana peut être réalisé où l'on le désire, par n'importe qui souhaite, avec les matériaux que l'on veut, il sort ainsi du cadre du tokonoma et peut être conçu pour être vu de tous les côtés, il sort donc de la couche aristocratique japonaise où il était cantonné et ce n'est plus seulement les végétaux japonais qui rentrent dans sa composition. Aujourd'hui, une myriade d'écoles le pratiquent, on retiendra principalement les deux précédentes et l'école ikenobo qui conservent les pratiques plus anciennes.



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positionnement des premiers éléments

Quant au bouquet présenté ici : on s'inscrit dans l'école O'hara avec un bunjin moribana. Ce bouquet trouve sa source chez les lettrés chinois du XVème siècle qui pratiquaient divers arts et a été repris au japon pendant l'époque edo. Il doit inspirer une émotion de l'ordre de la poésie et utilise des fleurs somptueuses (lys, orchidées, camélias ou amarantes) et des végétaux comme le pin qui renvoie à la longévité. 

La composition d'un bouquet demande véritablement concentration et réflexion, très proche de l'acte spirituel qu'il constituait dans la religion bouddhique. Le bouquet commence au choix des végétaux, fleurs et branches qui doivent être ressenti dans leur sens de croissance, leurs différentes faces, leurs couleurs qu'il s'agit de respecter dans la composition. Durant la composition elle-même, la nature est relativement maltraitée : il faut planter avec force les branches sur les piques, les faire tenir selon des angles précis, couper, retailler les branches jusqu'à leur perfection ; c'est un moment clé du bouquet, l'on entend les bruissements des feuillages, les sonorités des coupes-tout etc.
 


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Sa structure prend alors peu à peu forme : ici organisé autour de la hampe "centrale"  mais pas tout à fait, car un bouquet n'admet pas de symétries visibles. D'autres bouquets sont conçus autour de trois éléments clés : ciel-homme-terre, ciel : branche "centrale", haute et sans fleur, homme branche médiane sans fleur, et la terre, positionnement bas et avec fleurs, en effet ce dernier élément relevant du matériel et de l'éphémère (symbolique des fleurs). Une fois terminé, l'ensemble se déploie dans l'espace avec une harmonie stupéfiante. 

Dernière remarque plus personnel : un bouquet d'ikebana est très difficile à prendre en photo et je ne pense que c'est tout à fait inhérent à sa puissance d'évocation et sa nature propre ; il s'agit de saisir son essence, d'avoir un éclairage satisfaisant et relativement bien réparti, un arrière-plan qui doit se fondre et s'harmoniser avec le bouquet, le prendre à sa propre hauteur etc. Tout une réflexion !


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présentation du bouquet-modèle terminé


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bouquet d'une élève
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