Felice Beato, Raimund Von Stillfried, photographes du Japon ancien

Publié le par Paul B.

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Les fêtes de Noël sont passées et le site s'est mis en sommeil durant cette période puisque je suis parti quelques jours en vacances hivernales. Noël en a profité pour glisser sous le sapin un magnifique livre de Chantal Ebel, Japon, fin de siècle, présentant des photographies réalisées par Felice Beato (vers 1825-vers 1908) et le baron Raimund Von Stillfried (vers 1839-1911) au Japon entre les années 1860 et 1880 et déposées à la bibliothèque nationale de France. Je ne peux m'empêcher de vous en présenter quelques unes dans le cadre de ce site.

Beato arrive au Japon en 1863 avec l'expérience d'un photographe expérimenté : clichés de guerres essentiellement où il prend en photos les lieux de batailles et les corps morts. Il a suivi les armées en Crimée, aux Indes -il assiste à la révolte sanglante des Cipayes-, en Chine, où il est témoin de la fin des Guerres d'Opium. Au Japon, il ouvre un "atelier" de photographies dans un pays qui connaît encore peu cette nouvelle technique. Un pays du reste fort agité en ces années, les bouleversements étant en marche. Les occidentaux sont alors sous la menace des samourais qui n'hésite pas à les assassiner.
 

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portrait de famille sur fond de décors en toile :-)

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Le photographe contribua à développer de manière très importante cet art au Japon et l'atelier connut un immense succès. Les photographies réalisées étaient destinées tant au marché intérieur (nombreux portraits), qu'au marché extérieur, permettant la publication de nombreux albums sur le Japon et contribuant de manière notable au mouvement du japonisme en occident. En 1877, le baron Von Stillfried, qui a lui aussi connut un parcours assez aventurier, reprend le fonds commercial de Beato et poursuit l'activité jusqu'en 1883. Peintre, Stillfried rechercha dans ses photographies une composition artistique très recherchée. Son départ du japon marque la fin de la période des photographes occidentaux, remplacés par les photographes japonais que les premiers avaient formé, par exemple Kusakabe Kinbei. 

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exécution de prisonniers (en arrière plan, crucifixion)



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le lecteur attentif du site rapprochera ce kyudoka au "manga"  l'âme du Kyudo (Hirata Hiroshi)


Sur le plan technique, le temps de pose d'au moins 3 secondes et l'absence -très déplorée à l'époque- de couleurs aiguillonnent les photographes vers certains choix esthétiques. Ainsi, les photographies sont peintes par des artistes, Beato s'entourant d'abord de Wigram qui est aquarelliste, puis s'aidant de nombreux artistes japonais qui parallèlement travaillaient à colorer les estampes. Quant à Stillfried, il était à la fois photographe et peintre. Cette peinture oriente peut être à choisir des sujets "en atelier", de grands paysages étant difficile à reproduire. Autre facteur influençant alors la photographie : sa jeunesse, on hésite encore à la situer comme art, Stillfried l'utilise quasiment comme tableau, la composant de manière analogue et influant dans ses clichés une âme particulière.

Sur le plan historique, les photographies donnent un aperçu du japon d'alors, véritablement "sous-developpé" et archaïque : paysans très pauvres et démuni, coutumes d'un autre âge en ce qui concerne certaines pratiques, conditions de santé très précaire.

Ces photographies témoignent d'un vaste domaine, à mon goût pas encore assez explorée, de la "photographie ancienne", qui mérite nombreux ouvrages et expositions pour permettre au public d'accéder à ces chefs-d'oeuvres.



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deux sites pour compléter votre parcours :

http://www.hypnos-photo.com/expo/Beato/expo_beato.htm

http://en.wikipedia.org/wiki/Felice_Beato

mais n'hésitez pas à parcourir le web, riche en clichés anciens.

Ce post nous permet de compléter un parcours dans la photographie ancienne du Japon entamé avec les magnifiques prises de vues instantannées du rémois Hughes Krafft en 1881-1882 :
(1) (2).

Autre rémois ayant eu un destin incroyable au japon à la même époque de Beato et Stillfried :
Alfred Gérard.

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