Ryoan ji 龍安寺

Publié le par Paul B.

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Lieu des plus sacrés de Kyôto, le jardin sec du Ryoan Ji 龍安寺 ne me parait pas se visiter sans un certain investissement de la part du du touriste, puisque déjà, il faut faire abnégation de la foule qui peut s'amasser sur la terrasse, voire plus, il faut presque s'y "préparer" "mentalement" ;-) ; visiter les alentours du temple avant, qui eux sont vides de touristes, est un bon entraînement à mon avis. En effet, le lieu est très fort, mais il faut peut-être rendre son esprit perméable au jardin ;-). Car dans un premier temps, tout semble étrange, quinze pierres, des graviers, de la mousse, un brouhaha de fond sonore, quelques moines, vieux mur abîmé... muais, bof. Il y aurait en plus une légende comme quoi l'on ne peut voir les 15 rochers en même temps; symbolisant, si je me rappelle bien, l'inaccessibilité au savoir complet, la réalité restant toujours partielle ; histoire qui me plaisait bcp mais qui s'avère bien fausse puisqu'un de mes amis n'a pas tardé à me désillusionner sur le fait... au bout de la terrasse, tous les rochers se distinguent en effet. Bon, c'est tout. Alors je m'assois deux secondes, et laisse mon regard trainer un peu partout. 

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Et je sais pas, mais sans être trop lyrique, petit à petit la foule s'est estompée, comme rétrogradant légèrement en arrière-plan. Et, c'est comme si je trouvais un peu la vitesse du lieu ou son monde à lui ;-). Je me suis levé et j'ai reparcouru, plus doucement, le jardin le long de la terrasse, et il y a comme qqch de cinématographique qui apparaît alors, car les rochers immobiles apparaissent entièrement et disparaissent  le long du chemin, comme un grand échange et va-et-vient, certaines pierres en découvrent d'autres et d'autres rochers se dissimulent le long du mouvement. Et étrangement, leurs positions se sont fixées dans ma tête, je ne sais pas vraiment pourquoi mais le soir et les jours qui suivent je me rappelais comment les quinzes blocs étaient agencés, à tel point que quand j'ai fait un vieux croquis du lieu ce n'est pas si éloigné de la disposition réelle ! Et le lieu m'a alors marqué, vraiment marqué, comme s'il était porteur d'un sens très fort, que je comprends pas vraiment, mais faut-il le comprendre ? du moins, un sens présent. 

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Sur mon carnet de voyage je m'étais amusé à écrire le début d'une histoire qui peut un peu éclairer sur les lieux [attention, dans ce qui suit c'est un "illuminé", qui parle ! pas moi ! d'où l'emphase] :

"En 1950, Yukio Mishima a écrit « Le Pavillon d’Or », inspiré d’un fait divers, il raconte comment un étudiant réussit à mettre le feu à l’or fameux. Abattant la perfection païenne, il a accomplit une grande œuvre. A quelques pas, mais hors du feu, le Ryoan-Ji est une autre perfection à détruire, à souiller, à maculer jusqu’à ce qu’il en devienne risible même pour le touriste le plus stupide, le plus gras, le plus bouffi d’inculture et de préjugés. Le Ryoan-Ji c’est ainsi qu’on appellera son jardin de pierre rectangulaire –un rectangle parfait, emplit de sérénité-. En son sein, quinze rochers dispersés par groupe de 3 ou 5. Celui qui l’a dessiné, mystérieux, a quitté le monde sans laisser aucune explication ; il n’a pas besoin d’aucune explication, il est tout, pénètre doucement le cœur et l’âme de sa tranquillité absolue. Il est tout. On ne le contemple jamais d’un seul regard. On progresse le long de la véranda, doucement, le plus doucement possible, un à un les rochers apparaissent et disparaissent, se dévoilent et se retirent, se découvrent et pudiquement se cachent derrière d’autres, tout se meut comme la mer, comme la vie, divers facettes, divers paysages ; mais c’est un tout, fini et infini à la fois, on atteint là la perfection absolue et transcendantale du zen. En une véranda, l’univers, se démultipliant à l’infini de regard en regard, le Ryoan-Ji porte le visiteur en extase. Indestructible par le feu, ni par l’eau, les pierres sèches contiennent en matrice toutes les plantes et fleurs et la vie qui se fanent, les pierres marrons, beiges, aux veines bleutés, le gravier blanc, blanc d’un blanc si pur, lissé en longs traits, en rayures parallèles, blanches. La couleur des pierres et le gravier sont les seules choses atteignables. Pervertir le lieu. Faire du sec une éponge, des montagnes des écueils dans une mer glauque, des autels à sacrifier, des couteaux tranchants qui appellent le sang, faire des gravier blancs une mer de sang, un lit. Y mettre l’humain, l’organique, la substance vitale dans un lieu mort et sec. Briser l’harmonie de la vie par le mal, la vie en souffrance, par la sombre et froide réalité contingente. Le choc brutal et froid d’un corps sur le gravier où la vie se répand en flaques circulaires avant de s’éteindre.[...] "


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Bon, un lieu vraiment dur à décrire clairement :D, je serais intéressé d'avoir les avis sur le jardin de lecteurs qui auraient eu la chance d'y aller
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akaieric 31/01/2008 13:39

Je me rappelle avoir été également beaucoup déçu par ce jardin. Pourtant il n'y avait pas la foule comme pour toi. Je l'ai trouvé assez petit et je n'ai pas ressenti grand chose. Faut dire que j'avais pendant longtemps anticipé la découverte du jardin zen et que j'en attendais beaucoup. Depuis j'ai vu d'autres jardins japonais qui m'ont fait plus d'effet. Notamment celui du musée Adachi à coté de Matsue. J'en parlerais dans un de mes posts..