Les pensées des jeunes femmes en kimono qui s'éloignent de dos dans les rues

Publié le par Paul B.


Même si je suis conscient que je m'enfonce dans les clichés depuis quelques articles (lanternes de pierre des jardins, vasques dans les bassins etc.) qui font partie de l'imaginaire d'un Japon évaporé, naturel et poétique, fort distinct de la réalité, je continue ... tant pis. Petit post sur les kimonos que l'on peut voir dans les villes formant un contraste facile à saisir. Concernant les vêtements traditionnels, il y aurait bcp de choses à dire et à connaître : les différents habits d'été ou d'hiver (ces derniers étant bien sûr plus épais et lourd que les premiers), la fameuse longueur du noeud qui empaquète ces dames, les significations des motifs dessinés qui dépend du statut de celui qui le porte (jeune célibataire, mariée, personnage agée, statut social),  la fabrication des motifs de fond tramés qui donna lieu à la maison de la culture du Japon à une exposition passionante montrant les interactions vers les années 1890 entre cette technique et la recherche de décors en occident pour les papiers-peints et tissus, le comment du pourquoi de la dangerosité de porter des chats dessinés dessus (voir le chat du kimono de nancy Pena ;)), la lutte entre vêtements anciens et costumes occidentaux durant l'ère Meiji etc.









Aujourd'hui, les véritables kimonos sont rangés au secret dans les tiroirs ou vendus à prix d'or dans les magasins spécialisés et sont finalement assez rarement porté en public. Par contre, on trouve de nombreux kimonos plus accessibles, mais bien différent des réels (tissus plus légers etc.), dans les boutiques que les jeunes mettent pour certaines occasions : j'ai pu voir foule de japonais en yukata et kimono à Kyôto lors du Gion matsuri, et surtout à Tokyo pour le grand hanabi du mois d'août, où les rames de métro fleurissaient de jeunes gens en vêtements traditionnels achetés parfois pour l'occasion, voir toute cette jeunesse sur les berges de la Sumida c'était vraiment chouette ! Cependant, sans vouloir jouer les empêcheurs de tourner en rond, je déconseille fortement au touriste occidental d'essayer d'en porter là-bas, même si évidemment ça fait partie du folklore, et ce pour une raison un peu bizarre : je trouve que ca ne va pas du tout, mais pas du tout, aux occidentaux. Là où l'on a tout une finesse et élégance pour les japonais(es), il ne reste qu'une impression de ""vulgarité"" pour les européens et américains. Mais c'est juste mon sentiment !





perdus dans la ville à deux, une abîme entre eux. Flouttage. Ca me fait penser au manga Solanin de Inio Asano dont je viens de faire un petit compte rendu sur bulles graphiques qui raconte les errances de jeunes modernes qui flottent dans la société. C'est d'ailleurs en pensant vaguement à Solanin que j'ai eu cette idée de post : pris de dos, parfois sous la pluie, dans une légère brume, sans que l'on puisse distinguer leurs visages et leurs expressions, sans que l'on puisse savoir où sont les pensées de ces jeunes femmes qui s'éloignent dans les rues, où elles se dirigient, tous ces gens que j'ai réuni ici donne l'impression -peut-être ?- d'un grand flottement : sont-ils vraiment dans ces mondes urbains démésurés ou aspirent-ils à d'autres vies ? vers où tracent-ils leurs chemins ? Et plus généralement, je trouve que ce sentiment de flou et de flottement, peut-être d'angoisse aussi, est lié à de nombreux jeunes aujourd'hui pour qui la société urbaine et le monde du travail offert paraisse incohérents, du moins, je ne sais pas, incompréhensible (voir Into the Wild"). J'avais envie d'en parler aussi parce que j'ai lu ce billet de l'excellent blog uchimizu et que je reste profondément perplexe, comme face à un vide, face au monde du travail décrit (comment bien gérer un job de cadre supérieur expatrié au Japon), je me demande si d'autres partagent ce sentiment à sa lecture, mais j'avoue que ca m'enfonce encore plus dans ce flottement existentiel :D.




J'ai toujours trouvé que ce couple avait le summum de la classe :D j'en avais dit ca : "Parapluies transparents, grande rue de Kyôto, coucou qui fonctionnent en fond sonore, pluie tombant doucement, le japon moderne et le japon ancien ne se tiennent pas par la main, mais se frôle du bout des parapluies dans une existence sociale où les rapports hommes/femmes restent d'un désastreux incroyable. Est-ce que le vide qui les sépare est-il une abyme ou un lien invisible, personne ne peut le savoir. Encore faut-il qu'ils soient ensemble où se croisent juste à des vitesses différentes dans un espace commun que la photo a réuni, je ne m'en souviens plus ! Mais quelle élégance... "


Aller pour finir, regard francs, directs et souriants (bien que légérement désapprobateurs :D), sous un torii rouge du parc maruyama.

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