Derrière le cordon de bois et de tissus apparaît sur fond vert et dans le flou une jeune japonaise

Publié le par Paul B.



On laisse dans le sillage du temps présent la longue série de posts consacrés à la nature, à la zenitude, les petites feuilles mortes par terre, les mousses qui dégoulinent le long des pierres grises en frises, reflets aquatiques, lanternes des morts en veille dans les jardins silencieux, le tic-tac-glou des billes d'eau chutant dans les vasques en pierres : retour aux mondes urbains ! La ville et son tempo, rythmes des transports immenses, multiplicité labyrinthique des galeries marchandes, milliers d'histoires, d'anecdotes, d'historiettes, de petites légendes qui parsèment ces rues goudronnées où le bruit des coucous mécaniques de Kyôto vient s'approcher de vos oreilles, lumières crues, mortes, flashies, aberrations urbanologiques, saisons des matsuris, et inévitablement, quelques temples soupoudrés dans le tissu urbain, et grandes touffes de verdure qui émergent brutalement des villes.  Tout ca pour dire qu'après avoir suivi dans les rues les pensées des jeunes femmes en kimono qui s'évaporent, on va évoquer vaguement et par touches floues, juste pour donner un sentiment général, ce qu'on pourrait appeler "la condition féminine au japon" ou plus simplement vies et destins de cette moitié du peuple japonais au centre aujourd'hui d'enjeux et de tensions profondes, en espérant éviter -comme d'habitude içi- les clichés.




On peut imaginer des histoires aux gens, cette vendeuse sur le Gion matsuri, avec un air légèrement ailleurs, comme dans un autre monde, dans cette petite frenésie de consommation (Summer Sale de bas en haut !),  me fais vraiment penser à l'héroïne du manga Solanin d'Inio Asano et ses petits jobs qu'elle laisse tomber les uns après les autres.



Pause dans le travail, depuis les fenêtres des grands immeubles gris de Shijo Dori, on assiste au défilé du Gion Matsuri

Inutile de rappeler que tout au long du moyen-âge, ca n'a pas été le grand épanouissement des femmes cantonnées dans le rôle très strictes d'épouses n'ayant pas le droit à la liberté de leurs époux éventuellement volages, peut-être qu'à la cour et dans les très grandes familles nobles, il pouvait y avoir des exceptions -le grand roman japonais n'est-il pas le dit de genji de Murasaki Shikibu au XIème siècle ?-. A l'ère Edo, on voit souvent les fameuses Geishas comme parfois un peu plus maîtres de leurs destins, mais les témoignages historiques et fictions littéraires (je conseille particulièrement le manga Oreillers de laques d'Hinako Sugiura qui dépeint -avec le style graphique des estampes- la vie des courtisanes à Yoshiwara) m'inclinent plutôt à dire que les conditions étaient vraiment dures (système de la patronne, nécessité quand l'on vieillit pour une geisha de trouver à se "faire installer" par un maître dans sa demeure etc.). Plus tard, je me demande comment l'atroce seconde guerre mondiale a modifié les rapports hommes-femmes.



ci-dessus, pause lecture dans le monorail de Gora à Hakone, ci-dessous une de mes photos préférées du voyage. Concernant les enfants au japon, ce qui m'a marqué : c'est vraiment leur petit nombre, on en voit pas bcp ! et des bébés encore moins. D'ailleurs le bébé au Japon c'est presque un petit trésor qu'on exhibe : en 2006 à Daikanyama (alors quartier chic très à la mode), pour les bobos japonais, promener ses enfants dans des poussettes ultra mode était tellement hype^^.




En tout cas, on arrive à notre époque avec de grands changements (travail des femmes en augmentations etc.) mais aussi de grandes tensions : entre carrière et femmes au foyer dans un pays où la natalité plonge, difficulté visible des relations entre jeunes japonais et japonaises, mise en question du vieux système de fonctionnement mari-femme, "machisme" combinée à une certaine puérilité des hommes etc. Et si vous pouvez me rétorquer que pour le moment je n'avance pas de preuves chiffrées ou de rapports, disons que je me fonde sur deux choses très subjectives : mon impression là-bas que je vais commenter d'après les photos ci-dessous et les témoignages dans la production artistique japonaise. Dans ce dernier domaine, je pense un peu à Nobody Knows  où une femme divorcée avec des enfants est amenée à les abandonner à eux-mêmes pour pouvoir reconstruire une relation, mais aussi à
Solanin où dans le premier volume apparaît en trame de fond les difficultés à se comprendre et à se soutenir du petit couple de jeunes, l'ensemble des rapports hommes-femmes dans le temps de Botchan de Taniguchi et Sekikawa (entre Mori et Elise Weigert, Takobu et sa femme etc.). De toutes manières, je n'ai aucune formation de sociologue et ne vais pas vous faire étalage de toutes les lectures possibles pour étayer mes idées ! C'est juste pour vous donner une impression subjective et parce que mine de rien on a aussi les mêmes problèmes en France :D.  




Au Gion Matsuri, chargées du festival. On y est pas encore, mais en déformant un peu cette image, on en arrive à l'étrange ""femme-objet"" des salons d'automobiles et de motos, des bars à hôtesse de Shinjuku -à mon avis légère glauquitude quand on y passe-, salarymens et karaoké, des loves hotels de Shibuya vraiment très glauque quant à eux ; bah oui quand j'ai visité Shibuya je me suis perdu dans ce quartier là : absolument désert de nuit, tout camouflé, décor kitschissime inquiétant, j'ai eu du mal à en sortir d'ailleurs, mais hop, en redescendant une rue je me suis soudain retrouvé dans l'artère bruyante de monde de Shibuya près du 109, le monde de la fête ambigüe et commercial du quartier. Je pense aussi à ces jeunes américains de la guesthouse de Tokyo qui sur les ordi de l'hôtel faisaient leurs inventaires de jolies japonaies et étaient visiblement venu pour ça ! Tout cela m'a toujours un peu laissé perplexe, drôle de pays :D.




Photo plus légère, un peu plus féroce aussi : il n'y a rien à faire les jeunes japonais adolescents (du collège au lycée) doivent être absolument mal dans leur peau pour paraître au touriste aussi -euh- moche quoi :S :D. Après   à fac (20-25 on va dire), ils sont vraiment épanouis. Et puis viens pour la majorité des jeunes de la classe moyenne le moment d'endosser le costume de salarymens, et là c'est plutôt le stress qui semble les envahir ; dans leurs costumes cravates uniformes , les femmes particulièrement mal, office lady coincée entre développement personnel, monde du travail acharné. Et le samedi soir ou en soirée, employés un peu forcés d'aller se saouler dans Shibuya ou Shinjuku : drôle d'images alors que tout ces gens vraiment défoncés (une femme âgée d'une quarantaine d'année -apparence normale- qui titube et tombe presque devant nous tout en riant avec son groupe de copines tout aussi enivrées), ce sont des scènes que j'ai vu qui m'ont pertubé, ca faisait bizarre, ce mélange de oublions nos soucis + on a pas le choix il faut tous y aller, étrange. Ci-dessous, une bizarrerie urbaine : à côté du stade Kenzo Tang, mystérieuse file féminine qui attendait un tout aussi mystérieux événement :D; certes il semblait y avoir une rencontre sportive, mais quand même ! aucune signalétique, juste ce bon 200mètres de femmes de tout âge, si vraiment qqn peut me donner une piste !!!???







Regardez bien ci-dessus -photo du chien machin-chose à Shibuya- jeunes dont l'hilarité me semble un peu forcé, mais ce n'est pas tant là-dessus que je veux attirer votre attention, non c'est juste à côté de la patte du chien : cet étrange visage de vieille femme. C'est la première fois que je le vois... (et pourtant la photo date de 2006!!!), si ça se trouve il n'y était pas avant et il est venu s'y rajouter :S :S un yokaï^^ Etrange visage ridée de vieille femme... La vieillesse des personnages âgées, c'est aussi tout un problème ! leurs maris disparaissent avant elles, et elles se retrouvent souvent seules, -sans enfant prêts à les aider-, finissant par vivre dans la misère pour certaines, s'incrivant dans des groupes de personnages âgées pour d'autres, malgré leurs pourcentage de personnages agées, c'est indéniable qu'en 2006, la vieillesse avait qqch d'un peu tabou, d'un peu honteux !

Ci-desous mon unique exemple -peu visible- de "bimbos japonaises" (il y a d'ailleurs un mot exact pour ces jeunes filles mais je ne m'en souviens plus :S mémoire mémoire :S). En 2006 c'était la mode : souvent fringues incroyables (chaussures talons, froufrous, importances des multiples accessoires), visage ultra maquillée, jusque à devenir jaune, orange, marron, une sorte de style au croisement entre le rap américain et le mauvais goût, c'était vraiment assez extraordinaire ! Là je suis un peu ironique dans ma photo en collant en toile de fond l'immensité de la forêt verte de Kyôto (on est sur la terrasse en bois du Kioymizu) : hauts talons verticales sur bois millénaire^^ :D :D










Pour finir ce post dominical, trois photos de jeunes couples japonais, qui ont bien souvent du mal à se comprendre et à se rencontrer ! Ci-dessus, urbains face au sommet endormi de l'immense volcan à Hakone, contraste entre la délicatesse urbaine et les pierres infernales dans la lumière brûlante. Ci-dessous, un peu de galanterie (assez rare) au Gion Matsuri, et pour finir, les angoisses métaphysiques et existentielles sur la terrasse du Sanzen-In à O'Hara, malaise et incompréhension de la société moderne dans la perfection d'un jardin japonais... pour donner la touche final à ce long post, vraiment merci si vous l'avez suivi jusqu'au bout :D.












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rose 31/03/2008 01:36

quel beau voyage...très belles illustrations.