Japon : 30 ans de "Nouvelle Ere" au parc Ginza-Nihonbashi

Publié le par Paul B.


Nihonbashi il y a plus d'un demi-siècle : un exemple type des constructions déshumanisées d'alors


     "Le Japon commémore aujourd'hui les trentes ans de sa politique "une nouvelle ère", Estrella Miller est notre correspondante à Tokyo et a enquêté pour ABC news, c'est notre reportage de Today's world  : "
     "26 avril 2045, le gouvernement japonais décide d'entamer une métamorphose du pays pour faire face à l'économie mondiale, et à son vieillissement de population ; premier signe symbolique de ce plan ambitieux : la transformation de l'ancien centre de la ville de Tokyo en parc et réserve naturelle. Aujourd'hui, les autorités offrent un grand pique-nique pour célébrer l'événement dans la serre Vinoly. Le ministre des Droits Ecologiques et de la Protection du Territoire, Jinpachi Rhyers, témoigne de ce changement :  
     "en effet, il est difficile de s'imaginer le parc dans lequel nous sommes rassemblés actuellement, comme un quartier immense, pollué, sans végétation, et je peux même dire, froid et déshumanisé, signe caractéristique de la société des années 2020. Il y a 30 ans, l'état japonais a su se doter d'une audacieuse et courageuse démarche pour remettre son pays sur une nouvelle voie de développement, et la mutation du quartier fut un moment symbolique : tout s'y prêtait, le centre vide du palais impérial était déserté depuis quelques années, ne bénéficiant pas aux citoyens, et la population effective de l'ancien Ginza s'effondrait peu à peu. Nous devions simplement rendre à la nature ce que l'homme lui avait pris depuis de trop nombreuses années. Au lieu de détruire le quartier, ce qui nous aurait demandé alors un budget de quelques 300 milliards de yens, nous avons préféré consacré les 2/3 de cette somme à la restauration naturelle : dépollution des tours, recyclage intensif, utilisation de matériaux biologiques qui échappaient alors à la pénurie de matière première de construction et a permis au pays de se doter d'une industrie performation en bio-matériaux. Les tours sont devenues des serres, des parcs, l'ancien métro qui passait juste derrière nous a été noyé sous l'eau pour recréer des courants naturels, et la réussite fut au delà de nos espérances : les arbres, s'adapant aux structures spéciales recouvrant les murs, ont rapidement poussé et le climat du pays a aidé au développement des plantes. L'ancien international forum est alors devenu une serre dans laquelle nous avons aujourd'hui le plaisir de convier nos citoyens autour de produits frais venus des champs de l'ancien palais impérial et des meilleurs cultures du Japon."



difficile de reconnaître aujourd'hui le pont Nihonbashi sur ce cliché de 2006 : l'arche centrale a disparue, le pont de nouveau à l'air libre, et l'ancienne autoroute devenue allée cyclable et piétonnière, la promenade favorite des Tokyoïtes 


       Mais, pour mieux comprendre et rappeler les idées clées de la politique de la "nouvelle ère" à l'origine de ces transformations, Kenji Mori, sociologue à l'université de Kyôto, ancien membre du cabinet Inoue, revient sur les grandes lignes du changement d'ère : 
      "au début des années 2000, le pays comptait environ 120 millions d'habitants, -ce qui apparaît clairement de nos jours comme une erreur énorme-, vers 2035, le vieillissement naturel de la population avait ramené à 90 millions d'habitants, dont 45% pour la tranche d'âge 60-110 ans. Si on ajoute cette situation démographique aux nécessités économiques (une récession de 5% par an) et écologiques d'alors, on peut dire que la survie du pays passait d'abord par un contrôle démographique nouveau. Diminuer la population : pour offrir à chacun un meilleur service, se doter d'entreprises plus compétitives, harmoniser la société, arrêter l'hémorragie environnemental. Le Japon a osé le cap : l'objectif de ramener la population en-dessous de 50 millions est aujourd'hui largement atteint puisque le pays dénombre 43 millions d'habitants, avec une stratification démographie adaptée et un étalement des classes démographiques de 0 à 120 ans environ. Comment la société a t'elle réussie ce pari ? Si la solution difficilement applicable, d'euthanasie active des individus au-delà de 80 ans, donnaient l'impression de ne pas reconnaître le mérite et les contributions de ces citoyens, mais était, en effet, accepté par les associations de seniors, nous avons préféré adopter un point de vue plus réaliste en supprimant ce qui menaçait de constituer le plus grand fardeau possible : le système de retraite. Dorénavant, chaque senior travaille pour l'intérêt commun quelques heures à peine par jour, et il faut reconnaître que cela a grandement contribué à leur bonheur et leur réintégration dans la société. 
        A côté de cela, il fallait diminuer la natalité. Aujourd'hui, on peut véritablement dire que la suppression du système, archaïque, de l'éducation d'enfants, a été un moteur fondamental dans la libération des femmes et le dynamisme des jeunes trentenaires : bien sûr, ceux qui le souhaitent, environ 2 à 3% des jeunes entre 25-35 ans peuvent recourir aux techniques naturelles, mais la majorité préfère laisser au gouvernement l'éducation de la nouvelle classe de citoyens, et l'adoption d'enfants a tout âge est devenu possible, renouvelant le modèle de cellule familale qui bloquait notre société en une structure plus libre. La diminution de la démographie a permis d'optimiser l'économie dans des entreprises qui demandaient en fait très peu d'employés : nous essayons de transmettre à chacun une qualité de savoir qui lui permettra de trouver sa place dans une de nos firmes qui compte de nos jours une moyenne de 1000 à 2000 personnes, contribuant à hisser le Japon à la 20ème place de l'économie mondiale, devant les Etats Européens et à la première place dans le rapport travailleurs hautement qualifiés / population active et dans la compétivité par habitants. L'ensemble des services a du coup été au maximum automatisé grâce au progrès de la cybernétique des années 2050. Evidemment, on réserve aux personnes peu aptes naturellement à de grandes compétences et aux handicapés de petits emplois de service, aide à la personne, contrôleurs de billets, qui achèvent l'harmonie dans laquelle nous vivons aujourd'hui.


Tokyo International Forum en 2006, le travail de renaturalisation a transformé les lieux en serres d'où dégoulinent les végétaux depuis les anciennes galeries et passerelles, c'est dans ces lieux que le gouvernement japonais rassemble ses citoyens pour le pique-nique des 30 ans.

         En même temps, nous avons attaqué sérieusement le problème de l'environnement et de l'habitat urbain qui était véritablement étouffant et allait être libéré par la baisse de population, il fallait penser à leur reconversion efficace : le projet du parc Ginza était un véritable laboratoire, et à sa suite nous avons "libéré", "renaturalisé" un cinquième des habitats urbains environ et crée de nouvelles réserves-sanctuaires : Hokkaido a été entièrement rendue aux Ainous, les littoraux dévastés par les polders, restaurés, et ici même à Tokyo, la forêt de Yokohama fut un symbole, l'ancienne deuxième ville du Japon étant devenue une seule et unique réserve naturelle. Cette restauration écologique a permis à des villes nouvellement aérées d'offrir des conditons de vie exceptionnelles : la fin des impacts des substances cancérigènes, des polluants, gravement sous-estimé dans les années 2000 avec les conséquences que l'on connaît dans les années 2020, et le coût médical immense que cela a entrainé, a permis une amélioration patente du niveau de vie dont les dernières études présentées à l'ONU rendent compte. Aujourd'hui, on peut travailler à Shimbashi juste à côté d'ici, venir se reposer dans le parc, et habiter le long de la baie à proximité, le temps des transports urbains surpeuplés est fini, en même temps que le commuting : on habite à côté d'où l'on travaille. Et les projets s'enchaînent avec la naturalisation attendue de la tour de Toyko, véritable horreur urbaine, qui deviendra bientôt le substrat d'une nouvelle biodiversité et sera inaugurée par le premier ministre.  Simultannément, nous avons réurbaniser les campagnes en y installant dans de nouveaux villages seniors et agriculteurs en grand nombre, rééquilibrant les densités de population dont les constrastes étaient malheureusement caractéristique du pays : les anciennes désolations campagnardes des années 2015 sont oubliées, dans une nature retrouvée."
     "En effet, les mouvements du japon, -ce pays qui a toujours su s'adapter-, d'abord fortement critiqués par la communauté internationale européenne, américaine et chinoise, a trouvé des échos importants positifs lors des émeutes des ghettos européens en 2047 qui avait fait alors 35 000 victimes et mobilisés 40 milices privées, les manifestations de la faim à Londres l'année suivante et les épidémies de pestes en nouvelle Indochine : à leur tour, les pays de l'Ouest ont mis en place des nouveaux projets dans la lignée japonaise. Cependant, de nombreuses critiques restent adressées au pays : qu'il se permette de baisser son taux d'urbanisation au moment où les villes africaines et mexicaines saturent, qu'il refuse d'offrir à aucun pays une terre d'asile pour son surplus d'habitants, cristallisent de nombreuses tensions. La protection de l'intégrité du territoire par une armée renforcée soulève aussi de nombreux commentaires, périodiquement ravivés par les conditions de vie des camps d'immigrés du sud-est du pays gérés par l'armée.  


Ginza dori ancienne version ; l'opacité polluante causa la grande hémorragie de cancers dans les années 2020-2030. maintenant ;  goudron enlevé, chemins aménagés, ciel bleu et indice de pollution minimal, et fin de la surpopulation



        Mais, si vous regardez autour de moi, la réussite est indéniable : nous avons laissé les invités se rejouirent sous la serre Vinoly et nous voici maintenant dans un lieu mythique : le pont Nihonbashi, centre géographique du pays enfoui dans les années 1970-1980 sous un autoroute : aujourd'hui, l'autoroute devenue vaste promenade piétonnière où les vélos surplombent la ville, s'arrête au-dessus du Nihonbashi : le laissant de nouveau libre à l'air. Plus, loin les quais de 2kms de long de la gare de Tokyo ont été réaménagé en jardins collectifs et le Old Tokyo Station Hotel en auberge raffinée, seule habitation officielle de la vaste aire du parc-réserve d'une trentaine d'hectares. En réalité, la réserve abrite tout une population : entre 2000 et 3000 sans-abris dans des villages de tentes bleues et de nouveaux nomades qui naviguent dans le pays. Elle attire aussi maintenant des jeunes venus des pays étrangers à la recherche d'une nouvelle manière de vivre : Mark Halprin, de l'Oregon, jeans délavés, étrange chapeau et vêtements cousus mains, amulettes métalliques du grand nord canadien des inuits, il nous raconte sa nouvelle vie : il fait partie d'une communauté qui loge sur les terrasses d'un immeuble près du carrefour de Ginza Dori d'où la vue est,  je dois le dire, exceptionnelle :
    "Eh bien, je suis Américain, et ca fait 2 ans que je suis ici, et, ca va bien. 
      - Comment en êtes vous venu à vous installer ici ? quelles ont été les difficultées et comment s'organise votre communauté ?
      - C'était un projet mûrement réfléchi depuis 2 ans, mon frère est d'abord venu ici et puis je l'ai rejoint avec ma petite amie. Aux USA, l'avenir est un peu binaire, soit une carrière à sacrifices financiers, ou une longue végétation dans les suburbs, j'ai préféré vivre ma vie ici et on ne m'a pas retenu. Les visas sont faciles à obtenir mais c'est pour rester dans les réserves et la nature, certains viennent ici pour essayer de bosser dans les entreprises mais c'est impossible. De toutes façon, ce n'était pas mon but. Ici on est libre, respirer l'air pur et marcher comme l'aurait fait Thoreau. c'est quasiment la vie sauvage, récemment, on a vu des cerfs près de la rivière, c'était vraiment bizarre. Mais en même temps, on a pas de problèmes pratiques, la ville, les hopitaux, c'est vraiment juste à côté, là-bas. Parfois, il y a des conflits relationnels, des petites tensions [rires], mais ca va. On a pas mal de choses à réapprendre, mais des paysans japonais qui sont venus ici pour les cultures nous ont appris des techniques, et ensuite on est allé dans le nord, près de Sendai pour les rencontrer, c'était instructif. Ce qui est étrange, c'est que la nature ayant disparue, on la retrouve en plein coeur des villes, là où elle avait été le plus meurtie, c'est comme panser une plaie passé que de vivre ici, réparer les erreurs de nos ancêtres.
       - Et comment se passe la vie dans les campagnes lointaines, on dit que certaines personnes sont revenues à la vie sauvage violente ? On évoquerait peut-être des meurtres.
       - [un recul] puis [rires] Eh, c'est une légende !! inventée par les citadins maladifs des villes américaines et névrosées. La sauvagerie des temps primitifs, ca n'a jamais vraiment existé, ici la communauté s'entraide. On vit pas avec des peaux de bêtes, ce n'est pas un retour au néolithique, mais une nouvelle façon de vivre que certains n'acceptent pas. Mais c'est vrai qu'une fois, à l'orée des bois, à la tombée du soir, en ramassant du riz, j'ai un peu eut la peur de ma vie avec des cris étranges qui venaient de la forêt impénétrable, mais c'étaient sûrement des bêtes sauvages. Regardez, on est pas des barbares ni des ratés : mon petit jardin, là, arrive à pousser tranquillement, avec les narcisses et les digitales, et les cultures vivrières.
        - Et avec les homeless, les relations se sont bien nouées ?
        - [sourir] vous pouvez allez les voir, vous les journalistes. C'est sûr, il a fallut se délimiter des territoires, mais c'est allé, on a échangé plein de conseils et des amitiés se sont faites, et puis les lieux sont tellement vastes qu'il y a de la place pour chacun. J'ai beaucoup plus appris ici que toute ma jeunesse aux USA, c'est un vrai laboratoire, ca a de l'avenir et je ne veux pas en repartir." termine-t'il avec une lueur bleutée lumineuse dans les yeux.



         L'enthousiasme de Mark Halprin est communicatif, mais certaines expériences ici se sont déroulées de manière plus tragique, on se rappelle en Australie, la jeune Daria Frechette rapatriée en état de malnutrition avancée depuis les îles d'Izu. Mais comme nous l'a conseillé Mark, partons à la rencontre des homeless qui logent dans un des villages de tentes bleues, celui qui s'est installé sur les voies de l'ancienne Yamanote entre Tokyo Eki et Yurakucho Eki en 2063, le long d'un shinkansen abandonné là et aménagé par l'artiste belge Hervé Callahan en 2046, les lieux ayant servi aussi de laboratoire expérimental pour les artistes des mondes urbains dans les années 2050. Rappelons que la population de sans-abris du Japon est en perpétuelle augmentation depuis 1980 : elle recouvrait les parcs et notamment celui de Uneo ; actuellement, on dénombre 4 millions de sans-abris, soit 9% de la population environ. Le gouvernement a décidé de leur offrir des conditons de vie plus décentes, et tout naturellement le parc de Ginza a été aussi conçu pour les abriter : les éléments d'hygiène courantes des immeubles ont été conservés et réaménagés, et les visiteurs du musée national à Ueno traverse aujourd'hui un parc entièrement réservé à ces habitants.  Sanjo Hiroshi, responsable du village Kuruma et homeless depuis 2049, nous reçoit devant sa tente autour de tempuras et de sobas coupées à la main avec un grand couteau qu'il s'empresse de nous montrer : 
        "comment êtes-vous devenus homeless, puis responsable de ce village ?
        - ma famille était déjà sans-abris, mon père avait été victime d'un licenciement économique lors de la délocalisation complète de son entreprise en Inde du sud, il était cadre, mais ca l'a pas protégé, après il est tombé dans la dépression et personne ne l'a aidé. j'ai réussi à faire des études et à vivre bien jusqu'à 25 ans, puis la grande crise économique m'a laissé par terre. A force de désespérer d'être utile, je me suis devenu un sans-abri volontaire. Avec la nouvelle ère, ca nous a offert de nouvelles conditions de vie, j'avais fait des études dans un lycée agricole et avait participé à des missions humanitaires, alors gérer un village, un peu comme un camp de réfugiés, c'était dans mes compétences.
        - êtes-vous satisfait de la politique actuelle du nouveau Bakufu, vous offrant ces nouveaux lieux ou préfériez-vous une véritable réintégration à la "société" ?
        - Eeehh, il y a eu des temps plus durs, et ici c'est vraiment bien, on ne voudrait pas d'une autre vie. Avant, on était obligé de se cacher dans la honte et très peu d'assocations essayaient de nous venir en aide, maintenant, je trouve qu'au contraire, on a réintégré la société : ils n'hésitent plus à venir nous parler, les gens sont beaucoup plus ouverts et confiants, la sécurité règne dans ces zones et on a pas de problèmes avec les agents de police-garde chasse qui gèrent le parc, non c'est vraiment mieux. 
        - l'OMS pointe des conditions sanitaires qu'elles jugent "inquiétantes" dans certaines réserves, qu'en pensez-vous ?
        -  Il y a des médecins qui viennent régulièrement. Vous savez, franchement, on peut pas se plaindre, j'aimerais pas être à la place des millons d'émigrés dans les camps chinois et saoudiens, ni ceux qui occupent les favelas de l'amérique du sud ou les ghettos européens, je suis content de pouvoir vivre à proximité de la société et retrouver mes racines. J'ai le sentiment de participer, à mon échelle, à mon pays, en entretenant la nature et les Dieux. Avant, je ne me posais même pas la question, maintenant ca va mieux, le sens est revenu, on devait arrêter les globalisations économiques et les rouages implaccables, le Japon a eu le courage de la faire, j'en suis fier, même si parfois j'aimerais que le Bakufu ne soit pas perpétuellement là à veiller avec ses scientifiques sur le développement, on gère assez bien la nature, on a pas besoin d'eux. 
         -  l'OMS précise aussi que les conséquences des polluants non détruits des bâtiments auront un impact immense, n'êtes-vous pas inquiets ? On parle aussi de trafic de matières dangereuses dans les anciennes zones industrielles ?



le parc du palais impérial n'était que les prémisses de la nouvelle transformation

         -  Vous croyez vraiment tout ce que la propagande chinoise diffuse ? il s'inspire plutôt de leur pays. Les fichus scientifiques gouvernementaux ont tout ratissé, tout était tellement bien faite qu'il ne restait plus rien à récupérer. Les seuls choses qui nous ont laissé, c'est les carcasses de béton et d'acier, alors, comme ils nous confisquent les moyens techniques et qu'on a pas d'argent, on démonte un peu la feraille et on la fait passer en douce, c'est vrai. Mais dans un sens, on termine leur travail, on destructure les immeubles, on anéantit peu à peu la ville, si tout continue comme ça, d'ici 2100 le quartier sera vraiment une forêt."
          En quittant Sanjo Hiroshi, remontons jusqu'à la serre Vinoly. Le soir commence à tomber et je peux vous dire que je ne sais pas si je m'attarderais dans le parc la nuit venue..., le silence est là, écoutez. Peu de bruits, quelques oiseaux au loin... on marche le long d'un chemin de terre bordé de bambous, ici le goudron a été complétement ôté des rues pour permettre à l'eau de pénétrer la terre, le vent balance les feuilles des magnolias, plus loin on peut voir des pins rouges et blancs, à travers les anciennes vitres, on distingue la forêt qui s'est installée et on entend le bruit d'une cascade à l'intérieur de l'atrium. Les scientifiques estiment d'ailleurs que l'eau met une à deux semaines à tomber sur les différents plateaux que forment les étages. En effet, les tours sont déjà des écosystèmes qui attirent les spécialistes de la planète. On ne distingue déjà plus les structures d'accroches originelles, perfectionnement des murs végétaux en vogue dans les années 2000. Ah, je crois, qu'on arrive, attention Ben à la caméra certains singes sont ici chapardeurs, d'ailleurs on sent qu'on est un peu observé depuis en haut, c'est une étrange impression.
         Autrefois, la serre Vinoly formait un immense atrium froid et inutile, aujourd'hui elle est devenu le centre du parc de Ginza. Peut-être que ces citadins un peu isolés pourront témoigner de ce qu'il pense de 30 ans de nouvelles ère, ils me proposent de les rejoindre et je m'assois en tailleur pour partager leur fastueux pique-nique en dégustant quelques mitarashi dango et de la pâte de haricots. Jeune couple, Dimitri Hideaki et Kan Asano, nés aux débuts des années 2045, racontent comment ils vivent leur époque, non sans parfois quelques doutes : 




          "j'ai vu ma mère opprimée par mon père et sa famille dans sa jeunesse, et passant sa vieillesse à martyriser son mari, terminant sa vie dans une clinique spécialisée de laquelle j'ai du la sortir en interrompant mes études tellements les conditions de vie étaient tristes et les coûts financiers insupportables, j'ai eu la chance de pouvoir m'occuper de sa fin de vie grâce à l'aide de Dimitri, mais il est vrai que ce ne fut pas facile. En ce sens, je suis content que tout ait changé, chacun vit en autonomie mais aide les autres quand il peut, les enfants sont libres de leur choix et les parents libres de s'aimer, c'est mieux. Dans mon enfance je ne connaissais que les arbres d'Omotesando et la campagne trop isolée du Kansaï, et j'aimais pas vraiment ça, maintenant on en profite vraiment. 
          - Je ne sais pas si tu aimes plus la nature maintenant -ajoute Dimiti avec un léger sourir auquel répond le visage de la jeune femme.
           - C'est vrai -reconnaît-elle- que c'est un peu étrange ces villes qui trouvent d'autres rythmes, autonomes, dans certaines bourgades, il y a plus de robots que d'humains maintenant, c'est étrange quand on a connu la surpopulation. En même temps, ca renforce les liens humains qu'on a, et c'est vraiment bien.  
           - On a la chance de vivre dans un pays qui prend des allures de paradis, elle n'est pas donné à tous. renvoie en coeur le jeune homme. Et puis cela nous permet de nous maintenir en bonne place dans les économies.
           - Une des mesures qui a beaucoup marqué les pays occidentaux, c'est les nouvelles formes de natalité, qu'en pensez-vous ?
           - [sourires gênés] C'est bien, c'est bien, ca a permis beaucoup de progrès et il nous faut savoir évoluer. Personnellement, on a voulu un autre choix, et ma femme va porter son enfant elle-même, je suis très fier de son courage." Et il attrape doucement la main de la jeune fille.

    
       Le petit Asano viendra au monde vers septembre 75 avec l'inauguration de la tour de Tokyo renaturalisée, dans un monde agité mais sur une terre, qui peut être, représente une nouvelle forme de New Promised Land ? C'est l'impression qu'en donnent les milliers de bougies suspendues ce soir sous le Vinoly hall. "  

C'était une enquête réalisée par Estrella Miller, notre correspondante depuis Tokyo pour le trentième anniversaire de la "Nouvelle ère". Pour en débattre sur ce plateau, j'acceuille Shigeru Sekikawa, socio-scientifique historien du Japon, Benidicte Dos Santos, directrice de l'association "une Terre Nouvelle pour l'Australie" et écobiologiste, et Eric Goodyear, secrétaire belge au développement en visite à Sydney.  [abonnement nécessaire pour consulter le débat]



l'ancienne esplanade caillouteuse est occupée aujourd'hui par des champs de blés cultivés par des paysans implantés dans la ferme de l'ancien palais impérial depuis 2061, ci-dessous, la gare de Tokyo est devenue une auberge très prisée, la seule autorisée dans la réserve, des terrasses on a vu sur un magnifique jardin anglais entretenus par une équipe de jardiniers des Kew Gardens 

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