Chapelle Foujita - notre-dame de la paix

Publié le par Paul B.


S'il y a des retardataires, ils peuvent, s'ils le souhaitent, passer par cette case-ci, pour se renseigner sur le peintre japonais Léonard Foujita (1886-1968). Sinon, pas de connaissances spécifiques requises, un peu d'imagination et une certaine sensibilité artistique ouverte. Donc, à quelques mètres de chez moi, sur le chemin de mon ancien lycéen (je sens que vous êtes intéressés par ce détail nostalgique^^ :D ), voici, par une petite porte modeste, la chapelle romane qui se dessine dans un jardin, conçue par le peintre en 1965 alors qu'il atteint ses 80 ans. Foujita s'est convertit en 1959 dans la cathédrale de Reims suite à une illumination mystique dans la basilique Saint-Rémy, ce dernier lieu étant un très ancien endroit du christianisme témoin du martyre de Saint Rémy, le premier ayant vu quasiment tous les Rois de France de Clovis à Charles X. Etant devenu ami avec René Lalou, propriétaire des champagnes Mumm, foujita exprime rapidement son souhait de faire édifier une chapelle, projet qui rencontre l'adhésion de Lalou : un terrain près des caves Mumm est choisi en conséquence. Elle sera dédiée à la paix : en effet, arrivé en 1913 en France, retourné au Japon par la suite, il retourne à Paris en 1939, est rapidement contraint à rejoindre le Japon, où il assiste à la guerre en tant que peintre militaire, honni comme proche du militarisme dans son pays ensuite, il arrivera, non sans mal, à regagner Paris en 1949. Le peintre se charge de tous les détails et travaille avec un architecte et des artisans rémois (vitrail, ferronnerie, tailleur de pierre) : il dessine les plans, réalise des maquettes, compose les vitraux, vérifie soigneusement l'édfication, et surtout, peint les fresques, technique entièrement nouvelle pour lui qu'il a appris spécialement quelques mois auparavant. Les 150m² peint contribuent à le fatiguer et précipitent la fin de sa vie.






Mais revenons au début, au visiteur sur le seuil du jardin, comme à la porte d'un jardin japonais (première photo du post ou ci-dessus). Que peut-on voir ? Un paysage particulièrement composé et en profondeur : un chemin de grosses dalles savamment sinueux, présence du végétal avec des arbres et des roseaux, on longe un enfant jésus qui m'avait d'abord semblé être une vierge (ci-dessus), on arrive devant la chapelle, disposé de biais par rapport à l'entrée. Tout une composition comme un tableau, ou une estampe de Hokusai, étagée en différents plans. Voici le cadre posé. Puis, on entre : le lieu ne s'impose pas immédiatement, il faut faire un certain effort pour le comprendre, sol en pavage blanc, dominance du jaune et du bleu dans les fresques, charpente en bois. Sur la droite, une petite chapelle auxiliaire, au fond l'abside, à gauche on descend trois marches se retrouvant quasiment nez à nez avec un grand vitrail. Chaque détail a bien sûr été pensé : remarquez pas exemple l'avance demi-circulaire à gauche de l'autel qui rompt toute symétrie ou ces si discrets vitraux latéraux. Etrange espace, a priori si simple, mais vous verrez qu'à l'intérieur, on "ne sait pas où se mettre", enfin, comment dire : le petit espace nous pousse au mouvement, d'un coin à l'autre, comme une boule sur un billard, un parcours aléatoire des lieux, c'est du moins la sensation que j'ai eu.


crucifixion - Foujita et Lalou sont représentés à droite, comme dans les peintures des églises anciennes où les donateurs figuraient. Ci-dessous, abside et la plus belle fresque avec notre-dame de la paix, cette fois-ci, à droite, Kimiyo, l'épouse de Foujita.



Quant au programme iconographique mit en place, je ne m'y connais pas vraiment en matière religieuse, donc je serais bien incapable de vous le commenter : bcp de scènes "traditionnelles" et "fondamentales" : chemin de croix de jésus (jésus porte la croix ; crucifixion, résurrection) ; mais aussi pêche miraculeuse, sept péchés, cène etc. Comme "singularités", je relèverais : la notre-dame des vendages dans la chapelle gauche avec la basilique et la cathédrale en arrière-plan, la présence dans l'abside, à la place dans les églises romanes de Jésus, de notre-dame de la paix qui bénit deux groupes de femmes et d'enfants (dont la femme de Foujita, Kimiyo), les "danses macabres" des vitraux, squelettes d'enfants qui renvoient à Hiroshima et Nagasaki, et plus largement les bombardements, l'aspect quasi "caricactural" des Sept péchés, la crucifixion avec les étranges "vierge de douleurs" en noir et la "vierge jeune mère" en blanc, les insectes -si japonais- qui se glissent parfois dans la composition. Je ne m'avancerais pas à donner une quelconque analogie entre le parcours douloureux du peintre à travers les guerres et vissicitudes du temps et le choix iconographique. En terme stylistique, il y a des références aux primitifs italiens, à la Renaissance (particulièrement Léonard de Vinci), une porte est même consacré à tous les peintres de cet époque.

Sur un plan esthétique, je tiendrais à rappeler qu'à mon avis, il est fondamental de prendre l'ensemble de la chapelle comme un tout et de ne pas essayer de trop disséquer ses éléments. Je ne crois pas que l'on puisse dire que les fresques s'imposent à l'oeil esthétique d'un coup, comme des chefs d'oeuvres, le charme de l'ensemble, comme de nombreux lieux japonais (je ne sais pas, Ryoan-ji par exemple), ne se dégage pas d'un coup, mais se distille, peu à peu, comme un parfum. Il faut rester, bien regarder tout, s'imprégner peu à peu de l'atmosphère. Relier les éléments entre eux, saisir l'intemporalité qui s'établit. Laisser l'esthétique passer au second plan par rapport à "l'élan spirituel".
  



ci-dessus, nativité, en-dessous, portement de croix.

 

les photos d'intérieurs proviennent de : homepage3.nifty.com/aiwa/reonald.htm [recadré par mes soins^^]
les photos d'extérieurs sont de moi (bah oui, à force de passer devant^^)

pour les touristes : Reims, hein, ce n'est qu'à 45min de Paris par le TGV (quand le tgv est à l'heure, assez rare^^)

33 rue du champ de mars

du 2 mai au 31 octobre :
        ouvert tous les jours, sauf le mercredi et le 14 juillet, de 14h à 18h
hors de ces dates :
        ouvert seulement sur réservation au 03.26.47.28.44

tarifs : étudiants : GRATUIT ; pour les autres : 3€, alors c'est cher pour ce que c'est si vous ne visitez que la chapelle, mais en fait c'est un pass qui donne accès aux différents musées de reims, donc si vous visitez la ville pour un weekend ou une journée, c'est intéressant.

Suite aux différentes plaintes sur un acceuil catastrophique, de grandes améliorations ont été apportées : nouvelles signalétiques, installations de petits bancs, dame à l'accueil sympathique qui n'hésitera pas à apporter des commentaires savants à vos éventuelles questions. Je ne crois pas qu'il y ait d'explications en japonais par contre. amis japonais, il faut y aller ! :D, hein, venez à reims, pour le champagne, la cathédrale, MAIS AUSSI, le patrimoine "reconstruction", foujita, saint-rémy, la guerre 14-18 etc.

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