Hughes Krafft au Japon de Meiji, photographies d'un voyage 1882-1883

Publié le par Paul B.

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lutteur (sumo), il porte le nécessaire à tabac à la ceinture

En 1881 un jeune bourgeois de Reims part au Japon pour un long voyage qui le mène de Yokohama à Tokio en empruntant le Tokaido (route des plaines) et le Nakasendo (route des montagnes). Il emmène avec lui un appareil photographique à prise instantannée, alors une nouveauté de l'époque. C'est un des premiers (le premier ?) qui utilise cette technique supprimant le temps de pose, et apportant fraîcheur et naturel à des photos qui pouvaient être composées de manière artificielle, souvent recoloriées comme des peintures. De retour en France, une partie des collections se seraient perdues (notamment celles d'Asakusa et Tokio).  Celles qui restent constituent un témoignage précieux d'un Japon qui s'évanouit alors incroyablement vite : monde rural, artisans, "chaise à porteur" etc. Etrange que les occidentaux aient été alors à ce point attiré par le monde du Japon traditionnel que le pays lui même faisait progressivement disparaître pour le remplacer plus tard par certains mythes collectifs.  


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dans les campagnes, en hiver le vieil homme porte une palanche


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la petite est préparée pour la fête des enfants

Aux regards des normes occidentales, les photos du monde rural montrent à quel point le pays était alors sous-developpé. Même si je n'aime pas du tout ce terme qui cache tout les pré-pensées de notre civilisation occidentale (foi dans le progrès, la science, l'économie comme valeur clés, somme toutes très relative à mon avis) et qui peut paraître anachronique pour l'époque, je crois qu'il faut l'employer : pauvreté et misère des japonais des campagnes sont flagrantes, ce qui certes n'apparaît finalement pas tant dans les photos que j'ai choisi de vous montrer mais qui vous apparaîtra si vous lisez ce petit livre. Peut-être que l'histoire à venir retiendra ce pays comme étant un des premiers, sinon le premier, a avoir connu le phénomène de "développement" au sens moderne du terme, passant de la féodalité, de la misère, à la puissance en moins d'un siècle au contact du "capitalisme".
 

Le japon est alors en métamorphose : à peine cinq avant se terminait une révolte de seigneurs, on invente la constitution, les chemins de fer, on donne des primes au coiffeur pour ne pas pratiquer la coupe habituel (chignon), les parapluies à l'occidentale font encore beaucoup rire, etc etc. (voir autres articles)


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dans le parc du général saigo (au centre avec la barbe), je crois qu'on reconnait sur la photo Beato ou Stillfried (les deux photographes les plus connus en ce qui concerne les vues anciennes du japon) : en fait on peut voir la nièce de Beaton, Hughes Kraftt est en bas à gauche


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En ce qui concerne notre voyageur, toujours cet étrange contraste occidental entre la manière d'écrire, d'apparaître et celle d'être en tant que photographe : le regard qu'il pose sur les scènes qu'il rencontre relève d'une profonde sensibilité, c'est frappant. Mais la conférence présentée à la fin de l'ouvrage qu'il donna devant une société de commerce semble tellement pleins de préjugés occidentaux tout fait. Et sur les photographies, ces occidentaux qui pavanent devant l'objectif, ou s'amusent futilement dans leurs concessions fermées de Yokohama ou des grands ports sont profondément exaspérant.

En somme je vous conseille de lire ce petit livre écrit par Suzanne Esmein qui donne un aperçu de l'époque, vu à partir d'un voyage d'un particulier, et qui est très intéressant !!! Et quelle photo de couverture !


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voir le parcours thématique consacré au Japon de l'ère Meiji pour des compléments.

contrepoint : quelques photos de tokio sous l'ère meiji

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